Prostitués fin de siècle
A droite, Violette, en fait nommée Gabrielle au moment de sa naissance à Tulle, vingt-quatre ans plus tôt. Elle est sans doute photographiée dans la maison close de la rue des Pans-de-Gorron, au Mans, dont elle était pensionnaire. Elle en porte en tous cas la tenue : chemise, jupon et jarretières. Contre elle se tient André, employé de commerce au Mans, fréquentant la maison depuis quelques temps.
La photo est conservée, avec leurs quelques courriers, aux archives municipales du Mans : ils avaient décidé de se tuer ensemble, une nuit de novembre 1914. Après s’être enivrés de champagne et de cocaïne, André tire sur Violette, sans la tuer (l’ivresse ?). Retournant l’arme, il ne se manque pas. L’employé de commerce devait se présenter cinq jours plus tard devant le conseil de révision, avant un éventuel départ pour le front. Tout le monde ne peut pas être Lazare Ponticelli.
Sur les listes de "morts pour la France" on m’indique le nom de Raoul Sueur, tué à l’ennemi en Champagne, le 10 janvier 1916. Ce Parisien, garçon crémier célibataire, est cité dans d’autres circonstances par Régis Revenin. En avril 1907, il était découvert derrière les rideaux d’une chambre, au deuxième étage d’une maison de tolérance, 68 rue du Château-d’Eau (Paris, Xème), officiellement seulement hétérosexuelle. Dans la pièce se trouvaient aussi deux pensionnaires féminines, en peignoir de fantaisie. Raoul Sueur avait suivi une première fois dans la maison un homme rencontré sur les grands boulevards, lieu de drague connu. La tenancière lui avait proposé de revenir, « lui disant qu’il aurait 2 francs chaque fois qu’il ferait le "voyeur" et 5 francs lorsqu’il remplirait un rôle dans une partie d’homme. »
_________________________
Jacques Termeau,
Maisons closes de province, Editions Cénomane, 1986.
Régis Revenin,
Homosexualité et prostitution masculines à Paris, 1870-1918, L’Harmattan, 2005.