DES IMAGES

20/04/2008

20/04/08 - 17:47

Aussi


Malgré la tentation, j’étais parvenu à résister à la moustache, à la tenue baggy, ou strait, aux colifichets, et à imposer le tout à un clone. Mais, c’est un fait, parmi d'autres : j’ai la main verte, je suis gay...

Tilly Kettle, Choudja-A-Ed-Doulah et Myrza-Mani, 1772, Château de Versailles.

18/04/2008

18/04/08 - 15:55

Métamorphose (et ironie)


On annonce la disparition programmée du chromosome Y, celui qui fait qu’un homme n’est pas une femme (dans un délai de 75 millions d’années).
Ce n’est pas le gentilhomme de Nicholas Hilliard, ci-dessus, qui sauverait la situation, lui dont on jurerait qu’il se transforme en pâquerette, fleur de saison, longue tige sous une petite corolle (ici déguisée en fraise), au corps absorbant le feuillage des rosiers environnants. La mutation ne se fait pas sans émotion : une main sur le cœur l’indique, mieux que le regard vague posé sur sa propre dissolution. Drôle de forme pour l’œuvre elle-même, qui n’est ni circulairement féminine, ni le rectangle de bon aloi pointant vigoureusement vers le cieux qui pourrait être de mise.

Vision farfelue de la miniature d’Hilliard ? On en trouve d’autres qui, se basant sur le nombre de pétale des roses et sur la couleur des vêtements, se demandent si l’amour du personnage n’est pas la reine Elisabeth, et l’homme lui-même, par contre-coup, un deuxième comte d’Essex. Une autre fois on montrerait bien que le mutant en pâquerette est plutôt le jeune homme des Sonnets, le vrai auteur des pièces de Shakespeare (et de celles de Molière), ou bien Claude Allègre travesti.

Nicholas Hilliard, Jeune Homme dans la roseraie, Victoria & Albert Museum. La devise, en haut de la miniature n’ajoute rien, sinon un rappel de la fonction de l’objet : "Dat poenas laudata fides" (« Ma foi louée provoque ma douleur » ?). On espère qu’ils parlent de ça, dans le virage du Parc des Princes, quand ils ne tricotent pas des banderoles

16/04/2008

16/04/08 - 13:23

Artiste


J’ai longtemps eu l’impression qu’il y avait bien moins de musiciens que d’écrivains homos. Cela tient, en fait, au type de production : on se rend plus facilement accessible dans des mots que par des notes. Pourtant, à la réflexion, on saisit le sens du voyage, de l’amitié, du cœur qui pesait et ce rôle des voix masculines chez Schubert, chantant lui-même d’"une voix inhabituellement haute… faible mais très agréable."

Cette écoute des lieder n’est sans doute pas la clé du tableau de Klimt. On y voit un hommage au compositeur. Un sujet de création, aussi. Schubert, verticale supplémentaire dans cette absence de relief se détache, paisible, sur une des masses du tableau, sombre celle-ci. Il devient objet de complexité ésotérique. Son profil, anachronique par ses vêtements, contraste avec les figures féminines (même si le troisième chanteur est un homme) tendres et intimes, peut-être moins érotisantes que d’habitude. On retrouverait le Schubert dit plus haut dans ce rapport au féminin. Libre au spectateur de mettre de lui-même dans ce qui lui est montré, bien sûr.

Tout cela, enfin, parce que je reçois Mon Voyage d’hiver de Vincent Dieutre. On verra si, dans ce film annoncé gay-ment mélancolique, le rapport au musicien va au-delà du titre et de l’accompagnement musical.

Gustav Klimt, Schubert au piano, huile détruite en 1945.

10/04/2008

10/04/08 - 22:33

Miniature


Les miniatures relèvent du domaine de l’intime, ne serait-ce que par leur format. Celle-ci se distingue pourtant : il n’est pas courant que le modèle se détache sur fond de flammes, en chemise. Le contexte rendait sans doute aussi compte du geste : le personnage présente lui-même un médaillon.

L’image illustrerait bien le petit livre de Donald Foster que je finis et qui laisse une impression proche. Il propose d’attribuer les initiales W.S., désignant l’auteur d’une élégie funèbre publiée en 1612, à Shakespeare. On identifierait aussi l’homme célébré par W. S. dans son texte, William Peter, comme le jeune homme des Sonnets. La chose pourrait être plus stimulante que les raccourcis appétissants des sagas actuelles sur les Tudor.

William Peter avait été tué le 25 janvier 1612, à vingt-neuf ans, au terme d’une après-midi de beuverie avec deux frères, hobereaux voisins. Au retour, à cheval, l’aîné qui voulait depuis longtemps prendre le premier pas, lui plante son épée dans le crâne :
"- Il va vite, mais j’irai plus vite que lui et je lui donnerai une estafilade avant qu’il soit arrivé."
William Peter et Shakespeare auraient pu se rencontrer à Oxford en 1599-1600. Peter y aurait été l’ami de l’auteur, comme le compagnon de lit d’une femme dont le nom n’est pas donné.

Ces identifications ont été contestées ; on retiendrait en tous cas du livre de Foster la réflexion sur les personnages des Sonnets. Peu de chance que la "dame" brune, "vague que tous les hommes chevauchent", soit l’aristocrate qu’on cherche d’habitude. Peu de chance aussi que le jeune homme soit le comte de Southampton. Cette attribution traditionnelle semble, d’ailleurs, tenir pour plus honorable les subsides obtenus d’un protecteur qu’on incite à procréer que la déclaration d’un amour homosexuel.

Issac Olivier ou Nicholas Hilliard, Inconnu sur fond de flammes, aquarelle sur parchemin, Victoria & Albert Museum.
Donald W. Foster, W[illiam] S[hakespeare], Elégie funèbre, 1996.

01/04/2008

01/04/08 - 22:07

Relativisme orientalisant


Miniature moghole : Djahangir rendant visite à un saint homme, XVIIIème siècle.

Les Manusmriti, code consignant des règles de conduite du brahmanisme orthodoxe, condamnent aussi bien les relations homos que celles, hétéros, mises en œuvre dans une charrette tirée par une vache. Drôle de façon de voir : la première infraction peut sembler tellement vénielle comparée à charrette tractée !