DES IMAGES

25/02/2008

25/02/08 - 22:05

Swinging West


Bal de cow-boys (c.1910). Photographie reproduite dans Robert Aldrich, Une histoire de l’homosexualité.

Les relations sexuelles, affectives, entre partenaires de travail de l’Ouest lointain, nourries de l’isolement, ou de goûts plus profonds, sont bien connues. Elles pouvaient être un sujet de plaisanteries parmi les "pieds tendres" dès le XIXème siècle.
Sur cette image, je relève les affinités d’âge et même d’apparence physique des couples de danseurs, dont la sexualité n’est pourtant pas obligatoirement identifiable a priori.

23/02/2008

23/02/08 - 11:15

Identique


Liszt, Marie d’Agoult, sa compagne, et le major Pictet, à l’Hôtel de l’Union à Chamonix en août 1836, lisant la docte et un peu confuse Histoire de la Philosophie allemande de Barchou de Penhoën. Crayon moqueur de George Sand.
" L’absolu est identique à lui-même.
- Qu’est ce que cela veut dire ?
- C’est un peu vague.
- Je m’y perd depuis longtemps."

"Le dessin achevé, George le lança en riant au milieu du petit cercle philosophique ; mais les trois interlocuteurs, trop absorbés par le sujet qui les occupait, y firent à peine quelque attention, et après avoir souri d’un air distrait, ils le laissèrent de côté pour reprendre le cours de leur entretien" (Adolphe Pictet. Une course à Chamounix, 1838)

Dans la dixième des Lettres d’un Voyageur, Sand transpose l’épisode de la lecture : Pictet s’y voit décrit en "amoureux de M. Barchou de Penhoën, dont je me soucie comme de mes vieux souliers, ne sachant en face des Alpes et en si bonne société que faire de la mauvaise scholastique !"

L’épisode "absolu identique à lui-même" devient ainsi une référence dans le petit groupe. Marie d’Agoult, côtoyant finalement Barchou à Milan rendra compte de la rencontre à George Sand : ici, "il n’y a pas une personne qui me plaise ou m’intéresse le moins du monde sauf pourtant Barchou de Penhoën qui est bien l’homme le moins identique à lui même que je connaisse. Il est léger, badin, folâtre, au regard tendre comme Grzymala, ne sentant point du tout son Fichte et son Schelling." (Lettre du 14 février 1838)

On aura supposé que c’est aussi Barchou, recoupé et collectionné, qui distrait mes loisirs depuis un moment.

20/02/2008

20/02/08 - 18:12

Sortie piscine : réalité et fiction


David Hockney. Portrait of an Artist, 1971. Acrylique sur toile.

Hier, on profitait des vacances et d’un voyage à Paris pour voir A Bigger Splash, le film de Jack Hazan (1974). Une belle chose. Comme on le sait, une tranche de vie (on devrait le dire à chaque part de gâteau d’anniversaire) et la création du tableau combinant, ci-dessus, l'ensemble des couleurs primaires.
Le film est aussi un condensé des années 70, en sons et en images, mieux qu'un manuel d'histoire. Ou même un condensé en une seule image, si on ne garde que le tableau construit et pensé en six mois et quelques jours.

Avant cela, il y avait au programme La vérité sur la sexualité coloniale, conférence de Christelle Taraud, historienne ayant travaillé sur la prostitution en Afrique du Nord française.
Réalité et fiction : on ne trouve rien dans les archives, disait-elle, sur une prostitution masculine coloniale en Afrique du Nord ; le film parlait pourtant de Tanger, à un moment, de la façon dont le font un certain nombre de romans, élargissant le champ des archives, même judiciaires, dirait-on.

18/02/2008

18/02/08 - 11:44

2350 av. J.-C.


Niankhkhnoum et Knumhotep, hauts fonctionnaires, se font face, pour le banquet répété chaque soir de l’éternité. Knumhotep, à droite, tient une fleur de lotus, symbole érotique d’habitude féminin. Derrière Niankhknum, à gauche, on ne voit que l’ébauche de son épouse, inhumée ailleurs. Le monceau de victuailles permet de répéter la fête jusqu’à la fin des temps. Dans les registres inférieurs, d’autres agréments du moment, musique et spectacles.

Ce double tombeau masculin est unique (Vème dynastie, Saqqara). Si l’ "homosexualité" n’était pas particulièrement prônée pendant les trois millénaires de l’Egypte ancienne, constituant une atteinte potentielle à la Maat (équilibre universel divinisé), on n'en voit pas la condamnation dans les textes légaux. Une affaire privée, d’hommes par ailleurs époux et pères ? Ici, on irait bien au-delà. "On suit toujours le sens de l’histoire quand on le pousse devant soi."

A côté, à l'entrée de la chambre des offrandes, les deux hommes sont représentés de la manière la plus intime possible dans l’art égyptien : face à face de nouveau, et même nez à nez, se serrant avant-bras et épaule.


Six reliefs au total figurent le couple : une visite.

16/02/2008

16/02/08 - 11:28

Choupinet (à sa façon)


Une pelisse sur les épaules, devant l’estuaire de l'Arguenon, au bas de chez lui, peut-être tourmenté, en tous cas myope, Hippolyte de la Morvonnais (1802-1853) illustrerait encore quelques tendances homos dans l’aristocratie de province, et la façon de les gérer au début du XIXème siècle. On s’étonne encore du côté "homophile" du courant romantique, entre sensibilité, amitiés, larmes et religiosité "féminine".

La femme d’Hippolyte ne semblait pas bien dupe des amitiés passionnées de son époux :
« … si nos premières années de mariage n'avaient pas été des années de douleur (…) tu es à la veille de voir s'éloigner l'ami (Du Breuil de Marzan) que tu chéris si tendrement, et que tu nommes souvent ton frère, qui partageait tes travaux et te faisait partager les siens, qui remplissait si bien ta solitude et te la rendait toujours gaie. Oh ! oui, mon ami, je veux consacrer mes jours à t'adoucir cet isolement où tu vas te trouver. » (Dans Abbé E. Fleury. Hippolyte de la Morvonnais, 1911.) Comment dire autrement la concurrence ?

Hippolyte délaisse pourtant temporairement Du Breil de Marzan, quelques mois plus tard, pour Maurice de Guérin, qui séjournait chez lui. Anticipation originale de la polysexualité contemporaine :
« Le soir, Hippolyte et moi avons pris le long des côtes. Nous voulions voir quel est l'Océan sur la fin d'un jour de décembre gris et calme. La brume nous voilait le lointain des eaux, mais donnait assez d'espace à la vue pour laisser soupçonner l'infini. » (Guérin, Le Cahier vert)

13/02/2008

13/02/08 - 19:10

Barchou et Beauzée sont au bord de l'eau...


Il y a, au dessus de l’Elorn, en limite de la rade de Brest, ce qui était la maison de campagne d’une famille de la ville au début du XIXème siècle. Dans un de ses livres, le fils, Barchou de Penhoën (oublié de la postérité, sans grande injustice), raconte ses promenades dans la vallée, jusqu’à la mer, et les méditations qu’elle suscitent.

Le tout est très "romantique", trait d’époque. Il est aussi question d’affection, à l’occasion :
"... Théodore de Beauzée ! Qu'on me permette de le nommer (…) Ces vieilles et glorieuses histoires venues jusqu'à lui par la tradition des gaillards d'arrière, avec quel bonheur, avec quel joyeux empressement ne venait-il pas me les raconter, pendant nos longues promenades, il y a quelque dix ans, sur ce même rivage ! Il est vrai que, le payant de la même monnaie, je lui rendais aussitôt en échange d'autres vieilles histoires non moins glorieuses d'infanterie et de cavalerie..." (Barchou de Penhoën. Un Automne au bord de la mer, 1836).

Hélas, un soir de janvier 1826, après avoir dîné ensemble, "... je le quittais à son bord, une belle frégate. Le lendemain matin, je reçois un billet de mon oncle major-général de la marine qui m'invite à passer chez lui sur le champ. C'était pour m'apprendre la mort de ce pauvre Beauzée. S'avançant sur un morceau de bois allongé, pour examiner une embarcation au milieu de la nuit, il tomba à la mer, et quoique nageant parfaitement, enveloppé qu'il était de son manteau et saisi par le froid, car il sortait de son lit, on ne le revit plus. Je passais trois jours parcourant toute la rade avec sept à huit canots, suivant tous les courants sans pouvoir seulement retrouver son cadavre..." (Barchou de Penhoën, lettre à Mary Clarke, 21 décembre 1833).

Conclure au-delà sur ces deux-ci serait bien s’avancer. Mais voici qui, dans son charme torturé, plaît déjà.