Philosophie du perizonium
(Michel-Ange. Œuvre de jeunesse, Casa Buonarroti à Florence.)
Je fus assailli, au cours de vacances de Noël, près du cimetière de Cerizay (Deux-Sèvres) et jusque dans l’église du-dit lieu, d’abord par des cuisses dénudées, puis par une aisselle musclée (mais glabre, faut pas pousser). Je n’avais jamais vraiment relevé que le Christ en croix est aussi un homme à poil.
D’autres perspectives naissent de ce constat, loin des tiédeurs et des relativismes dénoncés ailleurs. Ainsi, pourquoi ne pas rendre à Jésus sa nudité complète : celle des condamnés de l’empire romain, pendus par les bras sur une croix et mourant d’asphyxie, tout nus ? Tant pis, alors, si le perizonium (linge couvrant les "reins"), relique christique conservée à Aix-la-Chapelle, devient l’œuvre d’un faussaire.
Ensuite, même, pourquoi ne pas doter Jésus d’une érection (le perizonium redevenant peut-être utile, en illustration).
L’art de la Renaissance, on le sait, avait fait tout cela dans ses réflexions symboliques : naturisme et érection christiques. Montrer Jésus dans sa nudité, c’est manifester la fragilité humaine de l’incarnation et, aussi, indiquer que le Christ échappe à la honte du péché originel. On ajouterait aux interprétations de Leo Steinberg*, l’idée que monter la beauté d’un corps, y compris celui du Christ, c’est traduire en image la perfection de l’être lui-même, du moins pour les néoplatoniciens de l’excellent Marsile Ficin (relisant l’enseignement de Platon un peu à sa façon).
Quant au phénomène turgescent et sanguin mentionné, il marquerait la vitalité préservée par-delà la mort du crucifié. Le perizonium flottant au vent, parfois largement, peut aussi en être une métaphore.
(Ludwig Krug, c. 1520.)
*Leo Steinberg. La sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement moderne, Gallimard, 1987 (traduction).