DES IMAGES

26/01/2008

26/01/08 - 01:38

Philosophie du perizonium


(Michel-Ange. Œuvre de jeunesse, Casa Buonarroti à Florence.)

Je fus assailli, au cours de vacances de Noël, près du cimetière de Cerizay (Deux-Sèvres) et jusque dans l’église du-dit lieu, d’abord par des cuisses dénudées, puis par une aisselle musclée (mais glabre, faut pas pousser). Je n’avais jamais vraiment relevé que le Christ en croix est aussi un homme à poil.

D’autres perspectives naissent de ce constat, loin des tiédeurs et des relativismes dénoncés ailleurs. Ainsi, pourquoi ne pas rendre à Jésus sa nudité complète : celle des condamnés de l’empire romain, pendus par les bras sur une croix et mourant d’asphyxie, tout nus ? Tant pis, alors, si le perizonium (linge couvrant les "reins"), relique christique conservée à Aix-la-Chapelle, devient l’œuvre d’un faussaire.
Ensuite, même, pourquoi ne pas doter Jésus d’une érection (le perizonium redevenant peut-être utile, en illustration).

L’art de la Renaissance, on le sait, avait fait tout cela dans ses réflexions symboliques : naturisme et érection christiques. Montrer Jésus dans sa nudité, c’est manifester la fragilité humaine de l’incarnation et, aussi, indiquer que le Christ échappe à la honte du péché originel. On ajouterait aux interprétations de Leo Steinberg*, l’idée que monter la beauté d’un corps, y compris celui du Christ, c’est traduire en image la perfection de l’être lui-même, du moins pour les néoplatoniciens de l’excellent Marsile Ficin (relisant l’enseignement de Platon un peu à sa façon).
Quant au phénomène turgescent et sanguin mentionné, il marquerait la vitalité préservée par-delà la mort du crucifié. Le perizonium flottant au vent, parfois largement, peut aussi en être une métaphore.


(Ludwig Krug, c. 1520.)

*Leo Steinberg. La sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement moderne, Gallimard, 1987 (traduction).

19/01/2008

19/01/08 - 11:56

Denon en Egypte



L’œuvre n'a sans doute pas une valeur artistique de premier ordre. Son contexte m'apparaît aussi incertain : en 1804, date de réalisation du tableau, Vivant Denon, premier directeur du Louvre, est rentré de la campagne d'Egypte de Bonaparte depuis cinq ans. Son Voyage dans la Basse et Haute Egypte, publié ensuite, a pu nourrir l'inspiration du peintre. L'allégorie que figure le tableau reste alors à décrypter, au-delà d'une réflexion probable sur l'Orient et l'Occident.

Le flou "artistique" général laisse donc l'image elle-même occuper tout le champ, et l’imagination se jouer de l'interruption et des gestes, du doigt sur les lèvres du visiteur au costume original et du brin de jasmin sur la cuisse de Denon.

(Armand Philippe Joseph Béra. Huile prêtée à l'expo Denon, en 1999, au Louvre. Collection particulière.)