DES IMAGES

16/10/2007

16/10/07 - 20:43

Antonio de PEREDA (2)



Ou le paradoxe des "vanités" : objets de plaisir prétendant inviter à y renoncer.

On voit bien deux crânes, une chandelle soufflée et une pendule, marquant les limites que donne le temps. Mais, au-delà, le "memento mori" ne devait pas vraiment impressionner.
Les crânes seraient aussi bien taillés dans de l’ivoire, moins comme référence à d’autres squelettes animaux, que sont aussi les nacres de coquillages, que pour le luxe du matériau. Les richesses et beautés répandues flattent la vue, avant les autres sens. Les fruits gâtés, verres fêlés, ou bulles de savon qu’on trouve en Europe du Nord font aussi cela, mais plus discrètement : dans leur simplicité, les apparences sont sauves.
Aux objets qu’on détaille à plaisir, le peintre espagnol, comme souvent ses confrères méridionaux, ajoute des personnages. Même pas l’ascétique François ou l’émacié Jérôme, mais deux pendants masculins des Madeleine appétissantes, déployant chevelures et appâts au prétexte de délaisser le miroir qui en renvoie l’image. Ces deux-là sont tout aussi charmants. Le phylactères déployé ne semble même pas très inquiétant : "Nos tourments éternels passent vite et meurent".
Un bien bel objet, à peine mélancolique. Joli décor pour un palais, finalement.

"Desengaño de la Vida",
Académie San-Fernando, Madrid.

14/10/2007

14/10/07 - 01:31

Cactus


On verrait dans l"Amateur de cactus" une allusion qui n'y est sans doute pas. Le regard perplexe, posé fixement sur la plante grasse, souligne pourtant combien elle se dresse érectilement au dessus des autres. Le personnage reproduit lui-même la forme végétale et phallique, dont l'aspect impressionne son imagination. Le cactus se retrouverait encore dans la veste accrochée au mur et son chapeau, la fenêtre, la pendule et ses deux poids pendants. Le format du tableau lui-même en reprend l'aspect.
Carl Spitweg a peint à charge d'autres petits bourgeois. Son romantisme est moins original et moins soigné que celui de certains de ses contemporains, mais il y met autant de lumière et, finalement, de poésie, et il est nettement plus drôle.

12/10/2007

12/10/07 - 16:07

"épagneuls"



Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681) et Nicolas de Plattemontagne (1631-1706) travaillaient dans l'atelier de Philippe de Champaigne, oncle du premier. Chacun a peint l'autre sur ce double portrait. Derrière Platte-montagne, à droite, le chevalet porte l'inscription "J.-B. de Champaigne me fecit". La tablette que tient Champaigne, à gauche, indiquerait, dans une meilleure reproduction : "N. Montaigne pinxit me". Sur l'étagère de l'arrière-plan, la tête de Sénèque peut faire allusion aux textes de l'auteur sur l'amitié ou rappeler l'engagement janséniste des lieux. Vingt ans après la réalisation de ce tableau (1654), après la mort de Philippe de Champaigne, ses deux élèves reprendront ensemble son atelier. On connaît d'autres exemples de leurs représentations croisées :

1648 . Dessin de Champaigne par Plattemontagne.
1654 . Ce double portrait, dans lequel chacun est peint par l'autre (Musée Boymans-Van Beuningen à Amsterdam).
1658 . Dessin de Plattemontagne par Champaigne (Louvre).
1677 . Portrait de Champaigne et de sa femme par Plattemontagne.