Antonio de PEREDA (2)
Ou le paradoxe des "vanités" : objets de plaisir prétendant inviter à y renoncer.
On voit bien deux crânes, une chandelle soufflée et une pendule, marquant les limites que donne le temps. Mais, au-delà, le "memento mori" ne devait pas vraiment impressionner.
Les crânes seraient aussi bien taillés dans de l’ivoire, moins comme référence à d’autres squelettes animaux, que sont aussi les nacres de coquillages, que pour le luxe du matériau. Les richesses et beautés répandues flattent la vue, avant les autres sens. Les fruits gâtés, verres fêlés, ou bulles de savon qu’on trouve en Europe du Nord font aussi cela, mais plus discrètement : dans leur simplicité, les apparences sont sauves.
Aux objets qu’on détaille à plaisir, le peintre espagnol, comme souvent ses confrères méridionaux, ajoute des personnages. Même pas l’ascétique François ou l’émacié Jérôme, mais deux pendants masculins des Madeleine appétissantes, déployant chevelures et appâts au prétexte de délaisser le miroir qui en renvoie l’image. Ces deux-là sont tout aussi charmants. Le phylactères déployé ne semble même pas très inquiétant : "Nos tourments éternels passent vite et meurent".
Un bien bel objet, à peine mélancolique. Joli décor pour un palais, finalement.
"Desengaño de la Vida",
Académie San-Fernando, Madrid.