23/09/2007John Boswell
Photographie sans nom d’auteur ni référence précise.
Par nature, les universitaires développent des thèses. Celle de John Boswell, professeur à Yale (mort du SIDA en 1994) étudie une tolérance religieuse envers l’homosexualité jusqu’au milieu du Moyen Age.
« Ni la société chrétienne, ni la théologie chrétienne dans leur ensemble n’ont manifesté ou appuyé une hostilité particulière envers l’homosexualité, mais l’une et l’autre ont réfléchi et finalement adopté les positions de certains gouvernements et théologiens qui étaient sans doute accoutumés à dénigrer l’homosexualité. »
Cette thèse de Boswell, qui concilie lui-même ainsi deux traits de sa personnalité, gay converti au catholicisme, peut appeler la discussion. L’universitaire dit bien poser comme « des jalons sur une terre inconnue avant un voyage de reconnaissance » qui doit suivre. C’est de cela dont il s’agit. Aux exemples de tolérance et d’indifférence qu’il rassemble Boswell ajoute aussi l’intérêt des textes rendus accessibles.
Dans « Les Unions de même Sexe dans l’Europe antique et médiévale » Boswell étudie le corpus des textes liturgiques utilisés pour consacrer « un engagement sentimental permanent entre deux personnes [de même sexe] en présence de la communauté et reconnu par elle. » Avec l’Irlande, cette documentation ne concerne en fait que l’Est de la Méditerranée. On n’exagérera pas non plus son extension sociale. On en trouvait cependant encore des cérémonies comparables dans les Balkans au XIXème siècle. Dans un tel cadre, l’existence de couples de saints, comme Serge et Bacchus, n’aurait pas davantage posé problème.
Boswell minore d’ailleurs l’importance des condamnations bibliques, discutant d’abord la réalité de chacune d’elle dans « Christianisme, Tolérance sociale et Homosexualité ». Tel passage biblique n’incriminerait pas les actes homos mais plutôt la prostitution masculine sacrée. Les habitants de Sodome, d’autres l’ont étudié, ne seraient pas punis pour ce qu’ils tentaient de faire aux anges de passage, mais pour leur défaut d’hospitalité envers ceux-ci, faute autrement plus grave. Les enseignements moraux tirés des textes bibliques seraient d’ailleurs tardifs (ce dont on discuterait aussi).
A partir de la seconde moitié du XIIème siècle, la structuration des pouvoirs et l’uniformisation sociale qui l’accompagne consacrerait le passage à une autre époque dans les rapports entre christianisme, société et homosexualité. Finirait aussi alors une sorte d’âge d’or homosexuel des villes qui se renaissent après l’an mil. Boswell décrit dans le chapitre intitulé « Le triomphe de Ganymède » aux XIème et XIIème siècles cette « extraordinaire efflorescence d’une sous-culture gaie, avec sa littérature raffinée, son propre dialecte et ses conventions artistiques, ses milieux dissolus et ses répliques sophistiquées aux adversaires ».
C’est d’abord l’apparence d’un étudiant sage des années 80 qui retient l’attention sur la photo. Défraîchi et pas très sexy. Il y a aussi les traits réguliers, le petit sourire et le regard vif. Associant cela à ses écrits et à son existence, on finirait pas l’encadrer.
15/09/2007Sous vos...
Les Amours d'Astrée et de Céladon au ciné hier ce soir, comme pour fêter, après d'autres l'impossibilité définitive d'un retour de Dimanche Martin. Un peu lent le film de Rohmer sans doute, mais pas ennuyeux comme le spectacle du dimanche après-midi. Pas d'hôtesses en tailleurs étriqués, préposées aux mêmes bouquets pas beaux, mais une bergère et des nymphes. Pas d'animateur descendant un escalier de lumière pour monopoliser la scène, mais un berger bien malheureux, qui finit par se travestir et retrouve alors son aimée. Pas de Théâtre de l'Empire, bourré de spectateurs repus, en attente de termites ou de saisie, mais une mise en images d'une pastorale du XVIIème siècle, avec pour seules bizarreries celles qui se percevaient déjà à l'époque, sans les contresens d'un Patrice Leconte anachronique au nom d'une critique sociale justifiée. Pas le temps qu'on tue devant la télé le dimanche en famille, mais une discussion : le collègue qui riait du travestissement en voyait-il l'éventuel ridicule (costume proche de celui de la mère dans La vie de Brian) ou réagissait-il à l'ambiguité sexuelle ? Pas l'ennui morne d'une adolescence inhibée (heu, la mienne), mais le jeu et les conventions d'improbables amours de Gaulois. 05/09/2007Une curiosité égyptienne
On parle généralement deux frères pour ce double portrait à l'encaustique, destiné à orner des momies de l'Egypte romaine, dont il n'existe presque pas d'autres exemples. Ils se ressemblent effectivement. Ces deux visages ornant l'étude de John Boswell sur les unions de même sexe dans l'Europe antique et médiévale, on s'accordera bien aussi une interprétation homo.
Replaçant les deux personnages dans une relation antique, on verrait, à droite, l'éraste, plus âgé : la carnation sombre en est traditionnellement celle des hommes nettement adultes. Celui de gauche, plus jeune, serait l'éromène.
Les deux statuettes encadrant les personnages, des divinités composites selon mon souvenir, n'éclairent pas davantage la représentation. Pas plus que la svastika, sur la manche de la tunique du personnage de gauche (motif solaire plus, sûrement, qu'oeuvre d'un vandale antique pré-nazi).
La représentation, du deuxième siècle, conservée au musée du Caire, a été trouvée en 1898-1899 sur le site d'Antinoopolis, en Moyenne Egypte. On extrapolerait allègrement à partir de cette origine : la ville est celle que l'empereur Hadrien éleva à la mémoire de son amant Antinoüs.
L'adaptation qu'on annonce des Mémoires d'Hadrien par John Boorman, avec Antonio Banaderas dans le rôle de l'empereur originaire d'Espagne, rejoint pour moi l'insolite de la peinture.  |
| |