01/01/2012

01/01/12 - 15:25

Meilleurs vœux.


UNE BONNE ANNEE !

Qu'elle soit heureuse* pour chacun ici.
Avec donc, une pensée particulière** pour les joueurs de banjo balnéophiles, les lesbiennes aveugles***, les expulsables de Saint-Martin et les commentateurs ici.
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* Naturellement, malgré le deuil récent en RPDC.
** Voici qui est bien dans les résolutions pour 2012 : être aimable.
*** Lesbiennes aveugles ne fait pas allusion à l'appétence un peu déconcertante (pour mes yeux masculins) à dormir avec des jeunes filles plutôt qu'avec des paysans poilus.

19/12/2011

19/12/11 - 13:40

Plaisir d'offrir, joie de recevoir.

Quelqu'un sait-il où l'on peut se procurer (pour un envoi urgent) cette variété de bégonia commémorative nommée kimjongilia ?

19/12/11 - 12:59

Faut-il admirer les passions romantiques ? (Lectures)


On voit ici Pierre Joseph Dedreux-Dorcy contre le lit de Géricault, sa main tenant la sienne. Plutôt que seulement d'amour inabouti, la douleur, sur ce détail du tableau d'Ary Scheffer (1824), doit tenir de ce que Géricault vient de mourir.

En meilleure santé, quelques années auparavant, Géricault écrivait lui-même à Dorcy, après un silence occupé à autre chose :
"Pourquoi m'avez-vous quitté, mon ami, ou plutôt pourquoi un sort contraire se plaît-il à nous tenir divisés* ? Vous m'entendiez bien et je vous aimais. C'était pour moi une source véritable de tranquillité et de bonheur. Maintenant j'erre et je m'égare toujours. Je cherche vainement à m'appuyer ; rien n'est solide, tout m'échappe et tout me trompe."** Etc.

Belle relation. On sait l'intérêt d'Aragon pour Géricault (La Semaine sainte), voici que je découvre, en lisant le cycle de Giono, des points communs entre le peintre et Angelo Pardi, son héros : similitudes allant de l'idéalisme au goût pour les chevaux ou au jeu de la distinction. En fait même, tous les personnages de Giono sont amoureux d'Angelo Pardi, grand vicaire d'Aix compris :
"et je suis confus de n'avoir à vous dire qu'une chose qui vous paraîtra enfantine et pour laquelle, j'en ai peur, vous allez beaucoup me mépriser : je languis de vous." (Angelo)

Individus remarquables, liés étroitement de façon élevée : c'est beau !*** Si on ne pousse pas, selon moi, jusqu'au héros à culte, unique et fort, fascisant autant qu'homoérotique. On en voit aussi alors, mais peut-être de façon plus confuse, dans une époque de transition entre de l'absolu du héros antique et celui du héraut d'une nation. Chez Angelo Pardi la restriction salutaire est dans sa naïveté. Chez Géricault, outre qu'il meurt finalement comme on le remarque, on la trouve aussi dans telle anecdote. En 1816 ainsi, comme son ami Théodore Lebrun renonce à faire le voyage d'Italie avec lui, Géricault craint que ce ne soit parce qu'il a reçu son condisciple alors qu'il allait se faire friser :
"L'excellent Géricault crut que sa toilette avait sur moi une fâcheuse impression et que je ne voulais plus voyager avec un homme à papillotes.

Je vais persévérer dans cette veine passionnée et romanesque, mais ce sera près d'une cheminée et en famille - que je m'en vais retrouver demain pour Noël. Ajouter le sublime à la routine plutôt aimable**** : voilà un projet.
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* Extrapolant sur la réunion des parties divisées, on ne pensera pas nécessairement au discours d'Aristophane dans Le Banquet, comme je le fais cependant avec joie.
** Charles Clément, Géricault, étude critique et biographique. Paris, 1879.
*** On croirait que l'amour porté à un homme était jugé supérieur à celui inspiré par une femme : l'Almanach impérial pour l'an 1806 de Testu prescrit bien un an et six semaines de deuil après la perte d'un mari et six mois seulement après la perte d'une femme. Mais il faut craindre que c'est plutôt chaque sexe lui-même qui est ainsi estimé, outre la nécessaire filiation masculine.
**** Plutôt que de raconter, je détourne l'occasion pour souhaiter de bonnes fêtes : en trois mots comme en sept, fraudant au petit jeu de Noël d'Alex.

04/12/2011

04/12/11 - 23:09

Contacter la répression des fraudes


Voici un beau titre de livre (1893). Je me représentais un héros doux et généreux : mieux encore que Louis-Georges Tin suivant un régime amaigrissant, le regard soutenant sans ciller la misère du monde, s'attardant dans le vôtre par ailleurs : une sorte de Steevy Boulay signant à Amnesty International.

L'imagination est toujours une belle chose - parfois facétieuse car, en fait, le livre n'est que ce que dit son sous-titre : scènes de la vie vélocipédique.
Il s'agit donc de vélo, peu gracieux malgré la légèreté affichée, outre la philosophie de son auteur, romancier prolifique à poncifs réactionnaires, investi dans l'antisémitisme militant, œuvrant à soixante-quinze ans pour les autorités d'occupation. On s'éloigne de la première impression.

26/11/2011

26/11/11 - 16:20

Dards de l'Amour

On entend qu'ils se fichent au hasard, mais celui-ci apparaît précisément implanté.
Page de titre des Contes drolatiques, "ez bureaux de la Société générale de Librairie", 1855.

16/11/2011

16/11/11 - 22:12

On ne me dit rien. On me cache tout.

"Le colonel [Kadhafi], dit-elle, avait aussi de nombreux partenaires sexuels masculins."

11/11/2011

11/11/11 - 12:06

Au lit avec l'abbé Lasausse (et Jésus) : L'Amant de Jésus-Christ

Un extrait
"« Hélas ! je ne puis plus soutenir les flammes qui me consument ; au moins si je trouvois quelqu'un qui les voulût soutenir avec moi »...
C'est moi, lui dis-je à haute voix, & courant promptement à lui : c'est moi, lui dis-je encore une fois, qui vient les partager avec vous. Je disois ces paroles, & je croyois parler à une personne qui dût me répondre : mais cette personne ne m'entendoit pas ; elle venoit d'entrer en extase. Je vis un homme d'une moyenne taille ; le visage exténué mais doux & plein d'un certain feu qui marquoit assez l'ardeur de son amour : ses yeux étoient élevés vers le Ciel, mais fixés et sans aucun mouvement ; son corps étoit à moitié couché : d'un bras il soutenoit sa tête, & l'autre se trouvoit négligemment étendu sur son corps : tout me paraissoit admirable en ce saint homme, & tout ne sembloit inspirer que l'amour de Jésus-Christ : je le crus mort ; car je pensois qu'il ne respiroit plus ; pour m'en assurer, je coulais ma main sur sa poitrine. Mais, ô Dieu ! de quelle ardeur & de quel feu ne me brûla-t-elle pas !"


Un passage ambigu
L'auteur de L'Amant de Jésus-Christ rapporte ainsi sa rencontre avec le s[aint] ecclésiastique mentionné dans le titre. L'amour dont il est question est divin (se rapportant à Dieu), mais sans exclusive, comme on se plait à le proposer. Couple masculin (trio masculin, avec Jésus-Christ), passion, corps alanguis d'extase et toison du torse brûlant : l'ange qui, pendant ses visions, pénétrait d'un dard enflammé sainte Thérèse d'Avila était-il bisexuel ? L'alternative prônée canoniquement au safe-sex est-elle vraiment le sans-sexe ? Faut-il sublimer l'homosexualité tout en la concrétisant ? L'Union mystique (sainte Catherine de Sienne) anticipait-elle le mariage gay ?

Une référence
On aura aussi remarqué, dans cette scène de rencontre, un décalque d'un épisode du Maurice d' E. M. Forster : celui où Maurice Hall, maîtrisant mal les désirs qui l'occupent, appelle par la fenêtre la nuit (endormi plutôt qu'en extase) - et où lui répond le garde-chasse (on ne mentionne pas d'auteur apologétique) :
"Il dormait pour de bon lorsqu'il sauta de son lit et ouvrit tout grands les rideaux avec un cri : « viens ! » […] il vit osciller le haut de l'échelle dans le clair de lune ; la tête et les épaules d'un homme apparurent et s'immobilisèrent ; un fusil vint s'appuyer doucement contre le rebord de la fenêtre, et quelqu'un qu'il connaissait à peine s'approcha, et s'agenouilla, et chuchota : « Monsieur, c'est vous qui m'avez appelé ? Je sais, Monsieur... je sais... Et une main se posa sur la sienne".
Différence sans doute, outre l'échelle : on tient chez Forster une main plutôt qu'un torse - mais il s'agit d'une étape.

La suite
Les autres épisodes de L'Amant de Jésus-Christ confirment celui-ci. Le nom de l'aimé (Jésus) est écrit sur le sable d'une plage et "en plusieurs endroits du rivage" par son "amant" - sans qu'on mentionne soleil couchant, ni goût du sel sur la peau*.
Le héros lui a offert sa virginité : "je ne soupirois plus que de me donner à lui récriproquement, et me consacrer à lui par les liens les plus forts et les plus indissolubles. Je n'eus pas atteint l'âge de dix-sept ans, que je fis le vœu de chasteté perpétuelle ; je crus que je ne pouvois mieux faire que de lui consacrer d'abord mon corps."
"Epoux de mon âme", Jésus-Christ est "le plus passionné des époux".
On incite enfin autrui à vous rejoindre : "Aimez donc, me dit-il, en m'embrassant tendrement, aimez cet aimable Sauveur".

Une fin originale
Le dernier tiers du livre semble différent : consacré aux souffrances, infinies et détaillées, offertes par le personnage principal. Les mettant à distance, poursuivant dans le sens précédent, on les verrait pourtant comme une sorte d'acmé : avec même godemichets et pinces à linge.
Tiendraient ainsi du plan-cave de "jeunes débauchés" qui violentent le héros, ou ces disciples de Mahomet qui le capturent, puis l'humilient diversement et le fouettent, avec une satisfaction qu'on détaille.
Personne n'en semble malheureux. Jusques dans ses maux physiques successifs, pour le héros : "son plaisir étoit de voir son corps tomber en lambeaux, pourrir peu à peu". Le narrateur à qui on le raconte est, de son côté : "ravi d'entendre de si belles choses".

Le livre
L'Amant de Jésus-Christ reçut plusieurs dizaines d'éditions entre 1750 et 1850. On n'en connait pas l'auteur. Le personnage principal n'en est pas non plus nommé et, selon une postface, il synthétise plusieurs exemples édifiants. Les premières rééditions semblent dues à Jean-Baptiste Lasausse (1740-1826), sulpicien et écrivain religieux prolifique. L'exemplaire dont la page de titre illustre ceci est daté de 1807 (Marseille, chez Jean Mossy, imprimeur-libraire à la Canebière). Je cherche une suite.
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*Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé.

01/11/2011

01/11/11 - 01:07

Au lit avec Alexandre le Grand

Un bon moment
On voit dans Plutarque (Alexandre, IV) que le Macédonien sentait bon, faisant penser aux aromates d'un pays sec et chaud : "sa peau exhalait une très agréable odeur ; sa bouche et tout son corps sentaient si bon que ses vêtements étaient imprégnés de ce parfum." Les divinités ointes sentent bon elles-mêmes : la description peut se lire avec distance.
Les témoignages antiques disant qu'Alexandre était beau ne veulent pas seulement signifier qu'il était majestueux. Les portraits du Macédonien ne sont pas plus idéalisés que d'habitude – ceux dûs à Lysippe seraient excellents. Plutarque relève la douceur paraissant dans le regard d'Alexandre, sa tête penchant un peu sur l'épaule gauche, sa peau très blanche, colorée sur la poitrine et au visage.
De quoi rendre agréable.*

Baise hard
A lire les témoignages antiques, le conquérant macédonien partageait des comportements avec Mouammar Kadhafi, Guide libyen. On nous dit qu'Alexandre pouvait être excellent avec ses proches, mais on voit bien quelques disparitions durant le périple, outre le fameux javelot planté dans Cleithos (sans métaphore et en toute amitié). Alexandre a eu la chance de quitter la scène plus vite que le Libyen : supposons Kadhafi disparaissant lui-même à trente-trois ans - donc en 1975, six ans après avoir renversé le roi Idriss, ou bien le Macédonien avec révolver en or, voiturette de golf et cadavres plus qu'en phalanges : l'effet en est altéré.
Si l'un a eu BHL comme l'autre Démosthène (Philippe surtout), un seul aima Héphestion, certes et vivement.

Post coïtum
Sur le lit du Macédonien, quand l'imagination s'occupe moins autrement, on ne pensera pas au mariage - cela n'existait pas (et ne se réalisera pas avant longtemps, même comme droit, à suivre des souhaits qui se lisent sur GA). Laissant vagabonder l'esprit, viendraient d'autres épisodes de l'épopée d'Alexandre, ainsi de Bagoas, ancien mignon de Darius, reconduit dans ses fonctions par son vainqueur et successeur : on se distrait des perceptions contrastées qui en sont données.
Chez Plutarque (LXXXVIII), qui le désapprouve déjà, on lit que ses soldats poussent le Macédonien à embrasser Bagoas qui offrait une compétition de danse : "(…) Bagoas, qu'il aimait et qui avait fait les frais des jeux, remporta le prix. Le vainqueur, après avoir reçu la couronne, traversa le théâtre, paré comme pour la fête, et alla s'asseoir auprès d'Alexandre. Les Macédoniens battirent des mains et invitèrent le roi, par leurs cris, à lui donner un baiser ; Alexandre le prit dans ses bras et le baisa."**
Se voulant plus critique, un Dictionnaire de la conversation (1833), ménage curieusement les militaires, renversant même la description précédente : Alexandre fait cette fois "rougir ses soldats, de ses familiarités avec l'eunuque Bagoas."
Chochottes.
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* De ce pas, j'ai visité l'exposition consacrée à la Macédoine antique. On était habile dans le royaume à fabriquer de futurs beaux vestiges, comme ces étonnantes couronnes de feuilles d'or.
** On ne supposera aucune intention maligne chez le traducteur (Ricard, éd. 1844) : baiser met en mouvement les lèvres (certes) quand embrasser fait agir les bras - l'Académie française, friande de ces combats, pourrait se rendre utile, travaillant au rétablissement de l'usage commun et général de baiser.

08/10/2011

08/10/11 - 11:22

La maison du Cap, nouvelle bretonne (et gay).


La maison du Cap, petit livre d'Hippolyte Violeau, d'abord paru en feuilleton dans Le Correspondant, revue catholique, fut publié en volume en 1848, puis plusieurs fois réimprimé au cours du XIXe siècle. La quatrième édition, celle de la Librairie Blériot frères, la plus répandue semble-t-il et celle que j'ai sous les yeux, place ce livre dans une Bibliothèque choisie ne contenant que des ouvrages irréprochables pouvant être mis dans toutes les mains.

On peut faire une lecture différente de ce roman, l'interprétant dans un sens plus stimulant, mais vraisemblable à propos d'Hippolyte Violeau, auteur pré-queer plus lucide sur lui-même, semble-t-il, que ses éditeurs et ses réseaux de diffusion. On se distrait donc des sentiments et des développements produits dans une "sublimation de la chair" homosexuelle, comme du fait d'en faire une fiche de lecture.

Les trois héros du livre sont Adrien, André et Noëlla, frères et soeur de lait, élevés par la même nourrice au lieu-dit Le Cap, sur la paroisse de Plougastel-Daoulas (Finistère), au débouché de l'Elorn dans la rade de Brest, aujourd'hui à peu près sous le Pont de l'Iroise et la voie rapide vers Quimper.
Adrien, supposé avoir raconté leur histoire à Hippolyte Violeau, semble une projection de l'auteur : au terme du récit, le personnage dit avoir perdu "un peu de cette sensibilité presque féminine, de cette tendresse excessive, de cette imagination rêveuse qui firent le tourment de ma jeunesse". Les livres suivants de Violeau poursuivent cependant dans l'esprit de La maison du Cap.
André, deuxième héros du roman peut être, lui, une projection de ceux, réels ou imaginaires, suscitant au quotidien l'affection de l'auteur : "la tête sur un oreiller commun, nous reposâmes [enfants] chaque nuit dans les bras l'un de l'autre". Un tel autre pouvait cependant mal répondre aux sentiments dont il était l'objet, s'attirant des avanies dans le récit.
Noëlla, dernier personnage du trio, est présentée en grande enfant qui tresse de poétiques croix d'ajonc, dont elle cache les épines en y piquant des fleurs (ce qui est une métaphore).

Adrien et André, entrés ensemble au collège (pour devenir prêtres), sont confrontés à un élève plus âgé, qui détourne André du droit chemin – vers rien d'autre que l'indifférence religieuse, tel que c'est dit :
"un abîme se creusait chaque jour entre mon frère et moi. André devenait triste ; je l'étais aussi. Trop sensible, trop bon pour m'affliger, comme son ami, par des sarcasmes, il se contentait de sourire des élans de ma piété."

André et Adrien, ayant renoncé à la prêtrise, reviennent vivre au Cap. Un projet y nait de mariage avec Noëlla, qu'on dit aimée par tous les deux. Concurrents, les frères de lait ne deviennent cependant pas ennemis :
"Nous échangeâmes un regard mêlé de reproche, de douleur et de tendresse. La voix nous manquait. Nous ne pûmes que nous embrasser en pleurant."

Le choix, entre les deux époux potentiels de Noëlla, se fait par le tirage au sort pour le service de la marine : André tirant un mauvais numéro va devoir s'éloigner longtemps et Noëlla épousera donc Adrien - d'ailleurs celui des deux amis qu'elle aime. Les choses ne peuvent cependant pas se passer ainsi.

Les développements suivants ont semblé improbables à des contemporains de l'auteur. Violeau se défendait en opposant les "devoirs chrétiens" d'Adrien à "l'individualisme" d'une "génération molle et efféminée". La suite de La maison du Cap se comprend cependant dans la même perspective friendly.

Adrien, bien que gagnant du tirage au sort, abandonne étonnamment amour et mariage, laissant Noëlla à André, qu'il veut remplacer au service militaire. André (toujours peu catholique) a avoué à son ami préférer un suicide à son futur embarquement : il importe de sauver son âme en le faisant rester. Obtenir de ne pas partir et d'épouser Noëlla ne semble pourtant pas suffisant au suicidaire : alors qu'ils traversent la rade vers Brest, où Adrien va s'embarquer, André propose encore à son ami, qui s'en va, qu'ils se noient tous les deux :
"- Eh bien, veux-tu que nous en finissions avec ce monde misérable ? Embrassons-nous et jetons-nous ensemble à la mer !
Ces paroles de désespoir me firent tressaillir et me ramenèrent à l'idée de Dieu, toujours voisine de la soumission et de la persévérance dans le bien."


Adrien s'embarque donc. André fera un troisième essai : le jour de son mariage avec Noëlla, il se jette des roches de Roc Nivélen - ce qu'on explique parce que Noëlla lui préfère toujours Adrien. Recueilli disloqué, il expire après s'être converti.
Noëlla, concevant désormais des doutes sur la passion de ses amants (ce que n'explicite pas le roman, mais qu'on peut se représenter) décide d'entrer dans un couvent de la banlieue de Landerneau.

Adrien n'apprends cette mort et cette retraite que quatre ans plus tard, revenu du service de la marine. Il n'arrache pas Noëlla à son asile (où elle ne tarde pas à mourir). Il rencontre en revanche le chemin d'Hippolyte Violeau et d'un ami de ce dernier, avec lequel l'auteur dit avoir eu l'habitude de se promener jusqu'à la Maison du Cap : le livre rapporte le récit qu'Adrien fait alors à Violeau et à son compagnon.

Le texte s'arrête au terme de cette relation, sans commentaire de Violeau, ni indication sur ce qu'ils auraient pu faire ensuite, en compagnie d'Adrien, revenu de ports exotiques et traînant dans les parages, lui et cet ami dont la "présence ne contribuait pas faiblement au plaisir [que ces courses] me donnaient. Nous avions tous deux les mêmes goûts, âgés de vingt ans à peine, et plus jeunes encore par notre inexpérience du monde, notre vie retirée".
La dernière phrase d'Adrien (et du livre) peut cependant, extrapolée, donner une indication de la suite :
"Dans toutes les situations où l'homme se trouve, ce qu'il peut faire de plus sage, c'est de se tourner vers son père qui est dans les cieux et de lui dire : « Seigneur, que votre volonté soit faite ! »".

Bedroom, Rip Hopkins, 2008. On distingue le cordon qui lui a permis de déclencher l'appareil photographique. Ce ne sont pas Noëlle et André dans le lit, mais un couple roumain de cette série.

18/09/2011

18/09/11 - 13:31

Gender studies - dérapage.


M. Lionnel Luca, leader de La Droite populaire, député des Alpes maritimes, auparavant professeur d'histoire-géographie dans des établissements sous contrat, vérifiant ici le sexe biologique de jouets pour enfants, clé potentielle de la lutte contre la pédophilie (sic).
La photographie est ancienne : antérieure à l'accident vasculaire cérébral probable de 2008.

08/09/2011

08/09/11 - 00:44

Gender studies - l'unique.


Foin des nuances et des constructions du genre à partir des nécessités biologiques : il fallait enfin mettre ici une virilité conforme, immuable et unique aux dires des élus dénonçant les derniers programmes des SVT, en tous cas seul modèle trouvé justifiable dans les lycées, comme ailleurs. Vient ainsi ce rapport du commandant de la 28e division militaire au ministre, du 27 août 1815, montrant un Prussien et un volontaire royaliste, tombeurs de Napoléon. Cas peu représentatif ?

Bâtons, couteaux et fusils, prolongements omniprésents du corps masculin, furent associés à la virilité, comme l'indique Anne-Marie Sohn dans un des développements, parfois trop évidents (mais allez savoir), de son : "Sois un Homme !", la construction de la masculinité au XIXe siècle.
Elle montre généralement l'importance de la violence dans l'affirmation de la l'identité masculine au XIXe siècle, indiquant le recul de celle-là ensuite, qu'elle lie à l'émergence de procédures démocratiques, dans lesquelles la parole remplacerait le geste.
Masculinité unique et immuable ? On peut trouver intéressant de l'étudier.

Mais que des adeptes des programmes des SVT, du genre, des nuances et de Dieu sait quoi, n’aillent pas en plus s'amuser à supposer un autre sens aux jeux de corps de garde des deux maladroits !

06/09/2011

06/09/11 - 00:58

Gender studies - Jean-Marie Tanguy.

 
Un jugement du tribunal de première instance de Morlaix (Finistère), du 25 septembre 1829, ordonnait la rectification de l’acte de naissance de Jean-Marie Tanguy, fils d'un ouvrier de la manufacture des tabacs, né à Morlaix vingt-deux ans plus tôt. L’acte initial portait : "le sexe de l’enfant a reconnu être mâle", ce qui était donc une mention erronée.

Celui qui changeait ainsi officiellement de sexe ne semble pas avoir partagé le destin d’Herculine Barbin, institutrice estimée de sexe masculin, aussi à vingt-deux ans, et suicidée à trente, décrit par Michel Foucault. Jeanne-Marie semble n'avoir jamais été considérée de sexe masculin que sur son acte de naissance, erreur administrative de l’état-civil, sans doute favorisée par la non-maîtrise du français par des parents bretonnants.
 
Simone de Beauvoir, remarquant déjà qu'"on ne naît pas femme : on le devient", ne pensait pas vraiment à ce type de cas, qui intéresserait pourtant la réflexion sur le genre, non pas certes dans le renversement opéré. On chercherait dans ce cas de ces pistes que l'on suit aujourd'hui d'une variation historique du genre, de la signification qu'on lui donne. A propos de Morlaix, il s'agirait seulement de sa validation dans les cas peu litigieux : la forme que prend la résolution de l’affaire intéressant cela.
Le jugement du tribunal de Morlaix cité est fondé sur un seul acte de notoriété du 18 septembre 1829 : c’est donc par ce que des parents et des voisins savent d’elle que Jeanne-Marie Tanguy change de sexe : on y ferait aujourd'hui participer un certificat médical.
 
La photo a peu à voir avec ce qui la suit. Il s'agit d'un nouveau souvenir de vacances, intéressant lorsqu’elle sont finies. Devant cet assemblage de coquillages, dans l’appendice ajouté entre ce qui peut être deux jambes autant que deux bras, les élus contempteurs de programmes des SVT verraient probablement (autant que moi) moins une tête qu’autre chose. L’appendice (et une jambe et un bras) fut ajouté, on l’aura supposé, par une (certes) digne mère de famille, mais professeur ès SVT.

04/09/2011

04/09/11 - 22:34

Gender studies - le chevalier de Fréminville.

 
A Brest, sous la monarchie de Juillet, Christophe Paulin de La Poix de Fréminville avait l’habitude de porter chez lui des vêtements féminins, du meilleur goût et à la dernière mode. Cet aristocrate, démissionnaire de la marine à la chute de Charles X, se plaçait certes au-dessus des opinions communes : dans ses engagements politiques, moins dans ses recherches érudites, et donc nettement dans ses pratiques vestimentaires.
 
Que penser de l’explication donnée habituellement à ces goûts en matière d’habillement ? On les attribue à la noyade de sa maîtresse aux Saintes (face à La Guadeloupe) : une partie des vêtements de la jeune femme avait alors été donnée à Fréminville. Rien de précis n’appuie pourtant cette interprétation, déclinaison de la Chambre verte de Truffaut, sauf l’attachement maintenu du chevalier à la défunte et la malle reçue. On a aussi avancé que Fréminville s’était travesti une première fois sous la Révolution, pour échapper à son arrestation (en fait, il avait six ans en 1793).
 
L’explication par de telles crises, faisant de Fréminville la victime d’un fait précis, conditionne le regard porté sur son comportement ultérieur, qui devient une déviation de celui qui lui aurait été normalement assigné. Plaçant les choses autrement, on peut aussi poser la question en termes de genre, illustrant de la sorte ce champ d’étude.
 
On voit avec curiosité ce que dit de lui-même Fréminville, dans un opuscule qu’il publie en 1831 sous le pseudonyme de Caroline de L. : Essai sur l’influence physique et morale du costume féminin.
L’auteur (Fréminville, donc) dit le plaisir et le succès du chevalier dans ses pratiques. Précisant son admiration, il décrit longuement ses tenues : "en robe blanche ornée d’un tour de gorge de tulle brodé, une ceinture rose serrait sa taille élancée et svelte" etc.
L’objet affirmé de la brochure est d’encourager Fréminville à ne pas renoncer à ses vêtements féminins.
On y tente aussi une mise en contexte. Une explication biologique (le concept de genre n'existait pas) est avancée, liant le comportement des individus à la nature de leur constitution physique : la manie de Fréminville devait appartenir aux "êtres délicats", les "tempéraments froids" penchant vers les plaisirs de la table, les "têtes fortes" vers l’ambition et l’avarice.
Des exemples historiques des penchants du chevalier sont aussi donnés : de Sardanapale à l’abbé de Choisy, en passant par Henri III.
Opinions et sentiments originaux, différents des explications mécaniques : Fréminville donne un cas particulier à recouper et confronter (si tant est qu'on en trouve beaucoup de confrontables).

On relève plus encore dans son texte ce que le chevalier dit de l’originalité elle-même, dont cette fois on trouverait d'autres exemples :
"Il n’est pour ainsi dire aucun homme qui n’ait un penchant particulier, une manie favorite qui souvent devient passion, et qui, portée à l’excès, donne à celui qui s’y livre une apparence de bizarrerie, de singularité, souvent même taxée de folie, à tort pourtant, puisque cette passion peut dominer l’homme sans altérer en rien ses facultés intellectuelles."

C’est de cela dont il est question, dans ces programmes des SVT contestés : la liberté au-delà des déterminations biologiques, la place qu’on fait individuellement à la première, le regard qu’on porte sur elle collectivement.
Le paragraphe attaqué des instructions officielles ès SVT propose de :
"Différencier, à partir de la confrontation de données biologiques et de représentations sociales ce qui relève :
- de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société, qui relèvent de l’espace social ;
- de l’orientation sexuelle qui relève de l’intimité des personnes."
 
 
En illustration : un souvenir de vacances aux sources de L’Elorn. Le cours en rejoint finalement la rade de Brest, sur laquelle naviguait Fréminville, et au-dessus de laquelle on peut encore trouver le chevalier, éventuellement (9e carré du cimetière Saint-Martin de Brest).

03/09/2011

03/09/11 - 21:14

Gender studies – Hippolyte Violeau.

...


Hippolyte Violeau (1818-1892) était un poète doux, provincial, mélancolique, sensible et religieux. Il se rattache à un ensemble de poètes du XIXe siècle partageant ces traits : on connaît Hippolyte de La Morvonnais.
Cette extension donnée au mouvement romantique (qui a encore des épigones) comporte, on le sait, une dimension homosexuelle plus ou moins sublimée. Hippolyte Violeau était surnommé Violette par des contemporains, à ce qu’on lit - le terme renvoyant sans doute, à côté de la modestie aimable qu’on prête au bibliothécaire de Brest, à un genre (grammatical).

Qu’Hippolyte Violeau ait pu constituer une masculinité distincte de la leur (pour ce que je suppose de celle-ci), ne semble pas devoir intéresser, aujourd’hui, le groupe d’élus contestant la notion de genre et la diversité de la construction d’identités sexuées : quant au fond, on sait qu'ils discutent la possibilité même de cette diversité.
On doute que les intéresse davantage le fait qu’Hippolyte Violeau, auteur du Livre des mères chrétiennes, adhérait déjà à une vision du monde plus proche de la leur que de son contraire.

Ci-dessus : Hippolyte Violeau, derniers vers du poème A mon ami absent (avril 1840).
L’auteur dit son amitié dans ce texte : "J’aimais de ton amour, je croyais de ta foi, /Je ne me sentais fort qu’en m’appuyant sur toi."
Il relève à quoi peuvent conduire de pareils sentiments : "C’est que tu n’étais pas de ces hommes du monde,/ qui fêtent l’amitié dans une route immonde."
L’ami (qui ne couchait donc pas), rentrant enfin de Guyane, apprenant la mort du poète (il aurait dû coucher), cherchant sa pauvre tombe au cimetière, on lui demande de ne pas pleurer : "Je t’attends dans le ciel pour te chérir encore./ Dans les mêmes soleils nous devons habiter,/ Nous devons nous revoir pour ne plus nous quitter."
Réjouissant.

12/08/2011

12/08/11 - 16:28

Vacances 2 - flamenco.

Malgré les apparences, tous les Grecs anciens ne souffraient pas d’un phimosis. On assure qu’il y avait de la pudeur à ne pas tirer les choses plus loin et que les prépuces se portaient longs, en image et même au quotidien : soucieux des convenances, les athlètes sur la palestre n'en nouaient-ils pas l’extrémité avec un lacet (en lycra aux prochains JO) ?
Surtout, est-ce la percussion des crotales qui produit, chez autrui, cet effet-là (le barbu ne le montre pas) ?

Pichet, musée de Palerme, provenance inconnue, seconde moitié du Ve siècle, NI 2132.

23/07/2011

23/07/11 - 22:41

Vacances en Sicile.

Un cercle naturiste autour de deux individus allongés, cambrés et émus : pourquoi ne pas voir là, effectivement, une sorte de gang bang double, paléolithique et gay ?
Mais les liens qui attachent le cou aux jambes doivent rendre l'exercice déplaisant : de là à parler plutôt de sacrifices humains...

Grotte de l'Addaura au dessus de Palerme, dans la Monte Pellegrino, celui de sainte Rosalie (qu'on fêtait en ce mois de juillet) et moulage au musée archéologique de la ville.

13/06/2011

13/06/11 - 23:40

Jour de pluie.

Je suis certain de n'avoir jamais tapé double fist-fucking sur Google.

Dans le genre, en tous cas au sens des gender studies, on lisait l'histoire de Paul Grappe, ouvrier opticien et de Louise Landy, sa femme, dont rendent compte Fabrice Virgili et Danièle Voldman.

Pour ne pas avoir à remonter au front, Paul Grappe s'était transformé en Suzanne Landgard en 1915. Sa femme Louise et lui forment donc un couple féminin, aux yeux de voisins indifférents, entre 1915 et 1925 (date d'une amnistie). La mode est aux garçonnes. Paul/Suzanne tente d'autres expériences : elle fait figure de pionnière du saut en parachute, au meeting de Vincennes de 1923. Mieux, profitant de son apparence, elle multiplie les succès (bisexuels, hétérosexuels, homosexuels, féminins et masculins) : "un couple anglais, une comtesse et son aviateur, Hamed l'Algérien, Georgette, Henri ou Madame R."

Louise, encouragée à s'associer aux bonnes fortunes de son mari, dit avoir été réticente. Leur relation, fondée sur une dépendance réciproque, reste longtemps passionnée. Elle finit mal : le 21 juillet 1928 Louise tire sur Paul, alcoolique et violent. Le fait a l'avantage d'avoir produit des archives - et de garder trace de ses auteurs.

11/06/2011

11/06/11 - 01:04

Laspus.


A propos d'une chose à mettre sur le tapis (expression triviale concernant un objet professionnel, je le réalise pleinement) ma langue a fourché. A la place, j'ai proposé qu'on mette sur le tapette. Je ne parviens pas à me souvenir de ce qu'il s'agissait de poser ainsi, qui comportait déjà la terminaison finalement ajoutée au tapis.

Allez supposer ce que je cherchais à dire de la sorte. Nous venions de vivre un moment d'activité physique intense et partagée (de la course à pied) avec un vieux collègue de travail. Je le crois raisonnablement bisexuel (il a rougi à m'entendre). S'agissait-il, de ma part, d'une expression d'intolérance, en ces temps de débats sur le mariage également ouvert à tous ? D'un appel personnel à l'amour ? D'une revendication discrète de gestes SM ? J'en suis encore suffisamment réjoui pour le partager et le consigner ici.

Mêler l'humain et le saugrenu semble joliment érotisant. On le voit, comme on le dit, dans les productions de Patrick Tosani : chaussures emplis de lait, cuillers utilisées, têtes vue du dessus, individus vus du dessous, pantalons portés mais vides et devenus masques. Si l'art est bien du sexe convenablement sublimé, le quotidien des lapsus s'efforce plus ou moins de le rejoindre.

03/06/2011

03/06/11 - 00:51

C'est l'été !


Les abus, c'est ce qu'il y avait de mieux, aurait dit Mme de Monregard, émigrée sous la Révolution, à propos de l'époque antérieure.

Ici, la journée a été belle. Un lièvre broutait au pied d'une tour de chasse. De la camomille et du sureau fleurissaient au bord des chemins, à faire frissonner la narine. J'ai presque fait un somme dans un trou de verdure (jauni) moussant de rayons. N'y coulait aucune rivière aux haillons d'argent, n'abreuvant aucun frais cresson bleu. Impossible d'avoir un peu froid, étendu dans l'herbe sous la nue : les déficits pluviométriques n'ont pas que des inconvénients.

07/04/2011

07/04/11 - 21:34

Cul de lampe.

Lottin le jeune - imprimeur - rue Saint-Jacques à Paris - 1776 - ne fait pourtant pas allusion ici (très probablement) aux couronnes passant d'une tête à l'autre dans la cérémonie des mariages orthodoxes.